Poésie de Nuit

Suis ce chemin... Qui ne mène à rien...

Sème les cailloux... Jusqu'à toi même...

DANSE I - ENVOL

Tes doigts pinceaux peignent ensemble des arceaux; danse la toile et danse l'air hypnotisé, les Temps figés, à ta merci, se font vassaux que tu subjugues en mille émois cristallisés.

L'onde se plie à tes émotions les plus vives,
Toute gestique s'articule à ce dessein: des formes ondulées s'enfièvrent pour que vivent un instant les prouesses d'un Coeur sans déclin.

L'oeil s'amuse d'une main qui se tend. Un rire, mais il reste intérieur - toute la joie se danse ! Une larme secouée, surprenante, s'éclaire.

Tes yeux croisent les miens, se détournent et reviennent, mon coeur au mouvement suspendu se balance :
Il pourrait s'envoler! Tes regards le retiennent...

DANSE II - FRISSON

De grands voiles se glissent devant la matière, les arcs détendus des bras soudains fléchis dessinent sur l'espace un vrombissement sourd; dans l'élan de ton coeur ils se sont accomplis.

Par tes regards fugaces, le rythme est maintenu.
Soudain! Des corps se plient. Une paupière éclot. Des cuisses délicieuses, au néant distendues, retrouvent la vigueur à l'éclat d'un sursaut.

Les chairs mêlées se lient à la musique, s'en vont caresser l'oeil d'essences insensées

Puis, Âme, émerveillée des allures félines,
Abandonne son sort à tes écarts discrets; la Grâce en mouvement me dévale l'échine.

DANSE III - PEUR

Un son, un mot, un geste tombent de ta paume, assemblés puis brisés ils virevoltent et s'éloignent; une note suggère à mes doutes un arôme inconnu jusqu'alors.

Un geste fait vers lui arrache tout mon coeur.
Je suis une poupée dans tes pas emportée, tu serres si fort soudain; j'étouffe de bonheur pour que l'instant d'après, la scène, avec moi, pleure.

Et là, je te crois morte ! Tu t'effondres en fracas,
Je ne ressens plus rien et mes larmes se figent ;
Pourtant tu tiens toujours mon coeur du bout des doigts...

Le mouvement reprend : tordue, tu te débats puis te dresse d'un coup! Je crois surprendre un signe qui dit que tu trembles comme moi.

Un homme debout dans le miroir qui ne me rappelle rien. Une ombre. Bouffée des chaleurs nocturnes qui reparaissent lentement. L'éveil progressif des sens à la perception des millions de spectacles du jour. La fleur d'iris ouverte absorbe le soleil. Clarté. Un oiseau, mais qui ne chante pas. Peut-être qu'il ne vole pas. Le ciel est trop imprécis. Doute. Puis revient le miroir. Ou est-ce un retour au miroir ? Une forme, un reflet flou. La lumière toujours présente, mais elle n'éclaire pas. Il fait très sombre, pourtant l'oeil voit. Lui! L'homme dans le miroir qui ne rappelle rien. Sauf peut-être qu'il est. Il ne rappelle rien... Il ne rappelle rien sauf peut-être... peut-être est-il. Il est.

Les Morts-Nés

L'enfance est condamnée dès le premier baiser,
Arrêt de mort de l'insouciance.
Le plus grand des plaisirs, bien qu'à peine effleuré
Appelle les premières souffrances.

Demain s'ouvre le vide avalant la mémoire,
Le bonheur présent est aveugle ;
Ni la nuit ni le jour ne combattent l'amour,
Ils sont acculés dans les angles.

L'enfance est condamnée dès le premier baiser:
C'est le début de l'épilogue
De ce bonheur sans tache qui la maintenait
Jusqu'alors tenue dans sa gangue.

Quatre lettres auraient dû suffire. Deux jumelles accouplées au même sexe des voyelles. Mais je n'osai rien alors, et j'ai salué cet ange. Elle ne m'a pas regardé. Elle ne me gardera pas. Elle est passée près de moi. Ce n'était qu'un éclair dans l'hallucination. Le déploiement majestueux d'une souplesse électrique. Coulée blanche dans la nuit noire, noir serpent dans l'herbe aux brins violets et bleus. La suave sécrétion d'une nuée vivante que la nuit reçoit, comme un sacrifice à son ventre fertile, entièrement soumise à l'amour.

ENDORMIE

Je ne dormais pas, cette nuit, le creux de tes bras
Fut le lit de nos mille ébats, endormis.

Ta respiration alourdie disait la passion assouvie;
Sous ton édredon, assoupie.

Un regard sur toi découvrit le ballet d'émoi
Ou d'envie que ton corps dansa sans un bruit.

Mes yeux impuissants et surpris
Firent de l'instant une vie
De chair et de sang, un pays

Sur tes courbes nues, épanouis
Parfois retenus, éblouis
Ils tombaient des nues, evanouis.

Je ne dormais pas, cette nuit
Je rêvais de toi, toi blottie
Au creux de mes bras, endormie.

Poésie de Nuit