Textes

Lundi 19 mars 2007

La vieille :

Ma fille était déjà mère, et toi tu avais encore l'age de barbouiller dans ta pisse. Un petit merdeux comme toi a-t-il des ordres à donner aux vieillards ? Je te ferais ravaler ton audace si mes doigts pouvaient encore s'atteler à pareille tâche ! Ferme donc ton claque merde et descend du trottoir quand tu y croises la sagesse.


<H> :

Je n'ai pas plus d'ordres à donner aux sages que de conseils à recevoir d'une vielle sénile prête à s'écrouler sur elle-même ! Est-ce la vieillesse qui a emporté les derniers vestiges de votre raison ou bien n'en avez-vous jamais eut l'once ? Depuis que la force de l'age est pour vous épuisée, Madame, les années ne sont plus un chemin tourné vers la sagesse, mais un poids décuplé qui s'abat constamment sur la carcasse en décomposition que vous êtes. Les miroirs vous font peur, rappelez-vous pourquoi, le temps n'a pas encore sucé toute la mélasse de vos souvenirs décomposés : il n'en a pas toujours été ainsi, vous avez même peut-être été belle et chéri ce reflet. Aujourd'hui il vous hante, vous n'êtes pas encore morte mais déjà votre propre fantôme ! Et vous ne faites pas que vous effrayer vous-même – la faute serait moins grave, et presque pardonnable - vieille chouette égoïste ! Vous terrorisez les mioches, même ceux qui n'ont encore l'aptitude à penser par eux même et à exécrer votre image ont inconsciemment peur de vous, car votre amour est gâté, madame, flétrit comme la peau qui recouvre ce tas d'organes pourrissants que je vois là.

    L'amour a déserté de vous la dernière parcelle, chassé par la peur grandissante de cette mort si proche, tenace, menaçante, inévitable ! Si proche ! Cette obsession de chaque instant habitée par le souvenir de vos échecs, votre échec, celui de la vie ; votre regret unique, constant et meurtrier : vous avez échoué, madame, raté votre vie ! Et pour vous, il est trop tard. Je ne souhaite pas votre mort, car elle m'indifférerait. Des comme vous, il en fane sans cesse. Mais pour le monde et pour vous-même, je vous la souhaite, éminemment.

    Est-ce vraiment à moi de descendre de ce petit talus de bitume pour vous laisser à vous, à qui le temps compté s'est déjà envolé, le passage libre ? Ne croyez-vous pas plutôt que vous devriez faire l'effort d'user un peu plus vos articulations déjà décomposées quand vous vous confrontez à la jeunesse, pour la laisser courir vers cet avenir que jamais vous ne pourrez voir ? Ne devriez-vous pas descendre et espérer même qu'un chauffard bienveillant vous libère de ce cauchemar persistant qu'est la vie d'un tas d'os devenu inutile ?

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M.D. Arakiri
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